Deux amis discutent dans l’herbe, profitant du temps clément d’un des nombreux jours fériés du mois de mai. « L’autre jour je suis allé chez un disquaire et le mec… » (Le coupant) « Chez un quoi? » « Un disquaire… » (Silence gêné) « Un magasin de disques, avec des disques dedans et un mec derrière le comptoir qui sait de quoi il parle. Un disquaire quoi. » (Silence réfléchi) « Mais c’est un truc de l’ancien temps ça non? Genre comme les boulangeries ou les maréchals ferrants » « Maréchaux » « Quoi? » « Un maréchal, des maréchaux » « C’est bon Maître Capello là. Qu’est-ce qu’il a fait ton disquaire alors? » « Bah il a passé un petit disque de derrière les fagots qui m’a scotché ».

C’était donc chez Dangerhouse, 3 rue Thimonier dans le premier. Si je savais au fond de moi que j’aimais la surf music, je n’avais jamais sauté le pas de faire des recherches et trouver du matos à écouter. Donc je vais commencer par les X-Ray Vision, « quintet de la banlieue lyonnaise au son énergique, quelque peu cosmique, parfois exotique ou cinématographique… », comme ils se décrivent eux-même. Et leur LP sorti en vinyle il y a peu est une petite bombe à découvrir pour tous les amateurs de rock qui déménage bien, la classe en plus.
Partagé entre reprises (comme ce thème des « Persuaders » ou « Amicalement Votre » en français) et compos originales, l’album décape sa grand-mère. Ancré dans la tradition surf des 50s/60s, incrusté d’extraits de dialogues de films, rythmé, vous ne pourrez vous empêcher de danser dès que le disque entre dans la platine. Enregistré en live au studio PWL (tiens, c’est bien du même studio qu’est sorti l’album de Mr. Day), le son old-school est définitivement au rendez-vous et on plonge dans cet ambiance science-fiction/suspense/course poursuite ultra-cinématographique en un clin d’oeil. Le téléchargement de l’album ne vous coûtera que 5 minuscules euros sur leur bandcamp et, pour profiter grandeur nature de l’artwork de Der Komissar, le LP ne vous coûtera que 12€ chez Dangerhouse. Ruez-vous petits hommes.
On avait rendu hommage à DJ Mehdi lors de sa disparition avec un petit son. Il m’incombe d’en faire de même aujourd’hui, après le décès ce weekend d’Adam Yaunch, a.k.a. M.C.A. des Beastie Boys, qui nous a quitté à simplement 47 ans. Une grande tristesse pour énormément de monde donc. Pionnier du genre et ambassadeur du rap chez les petits culs blancs (et oui, il faut bien le dire, ils ont largement contribué au développement du genre chez les amateurs de rock principalement blancs). Premier groupe de rap découvert pour beaucoup. Transition entre la période rock de l’adolescence et le rap. Bref, les Beastie Boys sont un mythe (d’ailleurs entré au Hall Of Fame du rock récemment) et Adam Yaunch en fait partie intégrante.
A vrai dire, on a du mal à imaginer deux Beastie Boys. C’est bancal. Trente piges que les mecs sont ensemble avec une complémentarité hallucinante, sur disque comme sur scène (où votre serviteur a eu la chance de les voir, mission à quatre dans la VW Polo vers Paname la veille de ma soutenance de Master 2), et même jusque dans les voix. Comment imaginer l’équilibre des voix entre celle, gueularde, d’AdRock, celle, plus nasillarde, de Mike D et enfin, celle légèrement cassée de M.C.A. ? Je vous le demande.

Au-delà de ça, il s’agit aussi d’un groupe qui a beaucoup expérimenté et qui a toujours fait montre d’un amour pour le son. Ecoutez Paul’s Boutique, sorti en 1989, et rendez-vous compte de cette qualité technique pour l’époque, que ce soit au niveau sampling ou programmation. Du rap bien entendu, mais aussi du punk, du funk et des expérimentations vers la musique asiatique ou d’Amérique du Sud. Bref, des touches à tout incorrigibles à l’humour décapant : il n’y a qu’à choisir un ou deux clips au hasard pour s’en convaincre. Tout ça avec un nombre de classiques long comme leur discographie.
On pourrait aussi parler des membres gravitant autour du groupe : Mix Master Mike (DJ), Eric Bobo (percussions) ou encore Money Mark (claviers). Ou encore de ce DVD live au Madison Square Garden où ils donnèrent une vingtaine de caméras à des gens du public pour filmer ce qu’ils voulaient du concert. Un pur concept, un pur concert… Putain de merde, quelle salle nouvelle. Et en plus, le sentiment purement égoïste que ces vieux là en avaient encore sous le capot… Alors il est juste temps de mettre les disques dans la platine et de faire la fête comme il se doit. Repose en paix Adam.
Je viens de me rendre compte que je ne vous avais toujours pas parlé du label LZO records. Erreur à rattraper le plus vite possible. Fondé par Lartizan, beatmaker de profession, le label s’illustre par une démarche centrée autour de la qualité sonore et de l’originalité des projets. Et l’enveloppe est généralement très bien soignée également (voire plus bas). Les artistes? Si l’écurie a évolué au fil du temps, vous avez pu y croiser Soklak, rappeur gouailleur de paname, Taipan, punchliner du pays haut, Iris & Arm, auteurs du superbe album « Les Courants Fort » ou encore Fred Yaddaden, avec son envoutant album instrumental « The Shadow Of A Rose » . Après avoir sorti plusieurs albums de rappeurs, le label se recentre désormais plus sur les beatmakers (même si le très talentueux Ahmad a rejoint le label récemment).

Mais c’est sur la prochaine sortie que l’on va se pencher aujourd’hui. The Glass Half est un duo formé du producteur français Matmat (accessoirement graphiste pour le label) et de Jonah Byrd, musicien et auteur. A l’arrivée un mix énorme d’influences des plus variés. Un son psyché et une voix habitée. Leur premier album sort le 15 mai, mais vous pouvez déjà vous faire une idée en écoutant toute la face A sur le bandcamp du groupe (et par la même découvrir les autres albums sortis par le label dont la grande majorité sont en écoute gratuite. Très classe).
Ou alors vous avez la possibilité de découvrir qui se cache derrière Matmat et Mr. Byrd en matant leur premier clip. Sobre et inspiré. La production est superbe, avec notamment cette rythmique sauvage du meilleur goût. Et on doit dire que le duo n’est en rien factice et que voie et production se marient parfaitement. Mais je ferme ma gueule et laisse la parole à Lartizan lui-même, interviewé il y a quelques temps par Diamantaire: « Ils ont fait un album indéfinissable, entre Hip Hop, Rock Psychédélique, Folk, acoustique et plein de sampling à la fois… C’est un album complètement barré, vraiment envoûtant, mais facile d’accès. » Alors faîtes comme moi, précommandez le vynile et guettez le facteur à partir du 15.
Le trip-hop, vous savez, ce truc des nineties, avec des rythmiques empruntés au hip-hop et des mélodies flottantes ? Mais si, des trucs issus de villes anglaises lugubres avec des blancs et des noirs, du groove et des antidépresseurs. Mais enfin, c’était juste après le grunge, quand on n’était plus énervé et que l’électronique a commencé à s’imposer au grand public. Parce que c’était plus un truc de sauvage drogué, mais un truc de raffiné drogué. Toujours pas ? Bah, Massive Attack et Portishead alors, c’est tout ce qui me reste avant qu’Alzheimer vous emporte.

Toujours est-il que si le style désuetisé, pas tant à cause de l’abandon des recettes qui en faisait le succès mais au contraire par leur démocratisation et leur adaptation dans la pop et l’électro, on en trouve encore quelques adeptes. Suivant à la trace les performances des mythes cités plus haut, Over The Snare sort un premier EP ce 10 Mai, réalisé par Ashrama Productions, également présent derrière l’EP de The Waggons. Et d’ailleurs, petite parenthèse, l’artwork est là aussi très réussi. Ça donne toujours plus envie. Et le contenu me direz-vous ?
Comme annoncé, on suit ici la trace des fameux ainés. Une recette connue mais encore faut-il savoir l’exécuter et aussi y apporter les petites touches personnelles. Et il faut le dire, Over The Snare réussit plutôt très bien cet exercice. Entre autres sur les titres « Revelation » et « Get Away ». Ce sont en fait les morceaux où l’on respire un peu plus au niveau vocal, la voix ayant tendance, à mon avis, à prendre parfois un peu trop d’espace. Un beau premier effort en tout cas, et de belles promesses pour la suite.
On commence par le design de la pochette. Rétro et futuriste, sobre et clinquant. Le vinyle est somptueux. Et les vibrations sortant des sillons de « The Golden Age Of The Apocalypse » alors ? Et bien c’est tout aussi spécial. Classieux. Un son électro que le bassiste a assaisonné à sa façon. Un zeste de jazz bien entendu et des harmonies vocales spatiales. Des rythmes parfois déroutants, mais tout en douceur et des claviers bourdonnants juste ce qu’il faut. Une cuisine habile et qui transporte.

Petite anecdote. Alors qu’il officiait derrière Snoop, il prend son solo, à la suite des autres musiciens. En backstage, après le concert, il se fera reprendre par le Doggfather : trop de notes dans ce solo. Et ouais mais Stephen Brunner s’amuse avant tout et raconte ça en rigolant, à côté de son compère Flying Lotus. Chacun intervient d’ailleurs sur l’album de l’autre. Sur certains morceaux de Cosmogramma, vous entendrez les coups de griffes de Thundercat.
Quant au musicien électro au sourire le plus carnassier du monde, il impose aussi sa pâte sur des productions de cet album. Échange de bons procédés entre affamés de sons raffinés du label Brainfeeder. En témoigne ce « Is It Love », symbole de ce disque. Rétro dans les harmonies et les mélodies mais futuristes dans les sonorités. Smooth swing.
